Lettre 67- Change…now
À la lecture du rapport annuel de l’Organisation Météo Mondiale, le Secrétaire Général de l’ONU Antonio Guterres disait cette semaine « L’humanité vient de connaitre ses onze années les plus chaudes jamais enregistrées. Quand l’histoire se répète onze fois, ce n’est pas une coïncidence. C’est un appel à l’action. »
Change !
Coût de l’inaction
Selon l’AFP, les chercheurs* estiment que les émissions de gaz à effet de serre des États-Unis entre 1990 et 2020 ont été la première cause des dommages climatiques avec une facture de 10.200 milliards de dollars. Suivent la Chine (8.700 milliards) et l’Union Européenne (6.400 milliards).
Les émissions du géant pétrolier Saudi Aramaco entre 1988 et 2015 ont causé pour leur part pour 3.000 milliards de dollars de pertes, selon un calcul allant jusqu’en 2020.
Les chercheurs ont pris en compte la hausse des températures et ses effets comme l’affaiblissement de la productivité au travail ou des rendements agricoles, ainsi que les phénomènes climatiques extrêmes associés (canicules, sécheresses, certaines tempêtes…)
« Notre but était avant tout scientifique mais nous espérons contribuer à la discussion politique plus large sur la manière de mesurer les pertes et dommages « , a expliqué à l’AFP Marshall Burke, professeur à l’université américaine de Stanford et auteur principal de l’étude.
Les chercheurs soulignent aussi comment certaines activités très polluantes comme le transport aérien participent aux dommages futurs. Par exemple, prendre un long-courrier chaque année pendant 10 ans pourrait causer pour 25.000 dollars de pertes d’ici 2100.
(*) Contact de l’équipe de Stanford autour de Marshall Burke, obtenir leur publication dans la revue scientifique Nature par email :
PIB Mondial : 50 % de perte.

| Adrien Bilal a calculé les coûts cumulés du réchauffement climatique. Nous n’avons pas de livre ou de publication grand public mais le jury du prix du meilleur jeune économiste 2026 l’a couronné lors de cette 27e édition du Cercle des économistes. Il a continué les travaux d’analyse des effets économiques comme ceux de Nordhaus en remarquant que les travaux antérieurs étaient toujours pays par pays, sa différence c’est d’avoir analysé en international. Et la différence est essentielle par les effets cocktails et les pertes d’autonomie des différentes économies et surtout l’effet sur les océans et les glaces qui sont le vrai climatiseur de la planète. Son chiffre massue : perte de 50 % du PIB mondial en 2100 si on n’a rien fait, dit autrement le PIB en 2100 serait deux fois plus faible que dans un monde sans réchauffement. Le cout serait six fois supérieur à ce qu’annonçait Nordhaus. Adrien Bilal en a été surpris au point qu’il a fait recalculer ses chiffres au réseau des économistes. Adrien Bilal est invité aux Rencontres du Cercle des économistes d’Aix-en-Provence en juillet. Nous espérons y participer et l’interviewer pour notre chère communauté du compte carbone. |
Beaucoup de belles rencontres à ChangeNow

Du 30 mars au 1er avril, c’était le sommet annuel ChangeNow au Grand Palais à Paris, beaucoup de beau monde, ici Serge Zaka qui intègre bien la réponse compte carbone dans la sauvegarde de l’agriculture et son adaptation.
Le premier intervenant du lundi a été Johan Rockstrom le suédois du Potsdam Institute PIK, nous avons échangé quelques mots pour se revoir aux assises européennes du climat que nous voulons organiser en septembre. L’image suivante est extraite de son exposé, oui nous sommes en rupture par rapport à la stabilité de l’holocène… Plus d’images et détails dans son dernier rapport.

Nous avons blagué avec Kate Raworth qui était très en forme, naturellement le carbon account et son poink est indispensable à l’avancement du donut qu’elle a lancé ; vous aurez peut-être entendu la presse parler du cirque qu’elle a fait en conférence.
Quelques mots avec Bertrand Picard, son assistant de Solar Impulse me promet l’intégration du compte carbone dans les 1000 solutions pour sauver le monde.
Yamina Saheb a impressionné l’assistance en démontrant que les textes européens ont suffisamment d’ouvertures pour intégrer la sobriété (sufficiancy) dans la loi européenne et y intégrer l’effet de sobriété du compte carbone.
De plus en plus de femmes porteuses d’analyses et d’actions, comme Olivia Lazard (« la guerre d’Iran est une bombe à fragmentation qui aura des retombées sur le monde entier, il faut penser à sa reconstruction comme lors du BrettonWood »), Lena Hartog et son formidable documentaire « The cost of growth », ou Valeria Fortin de la Commission européenne qui révise la politique agricole sous l’effet du réchauffement et pour l’éviter.
Marc-André Selosse était très entouré avec son nouveau livre incontournable « De la biodiversité comme un humanisme », il y cite et chiffre les cinq causes de perte de biodiversité dont le changement climatique page 43, un opuscule bourré d’informations incontournables ; il a apprécié qu’on parle de poink pour le point carbone et il a tout de suite proposé qu’on adopte le POINB : je l’avais indiqué page 75 !
Où commander le POINK
Comme nous l’expliquions le mois dernier, le poink c’est le raccourci de point carbone pour être compris par nos amis de toutes langues, c’est le dernier livre sur le Ͼompte Ͼarbone.
Une monnaie de points carbone c’est pour le climat, mais aussi pour la biodiversité et juguler les risques sur les neuf limites planétaires.
Mais une monnaie de freinage ça joue aussi sur le capitalisme et cela doit freiner le technofascisme qui monte…
C’est édité par TheBookEdition où commander votre exemplaire à 10€ :
https://www.thebookedition.com/fr/le-poink-p-427402.html
(la commande directe est la plus utilisée, avec frais de port)
Mais vous pouvez aussi soutenir le mouvement en le commandant par HelloAsso (toujours à 10€, défiscalisable) et on vous l’envoie rapidement sans frais de port:
https://www.helloasso.com/associations/association-pour-l-emploi-sans-carbone/collectes/poink
Enfin c’est accompagné d’actualités sur son site spécifique https://poink.eu
Bonne lecture et merci d’avance de vos réactions. Nous avons reçu de nouvelles réactions sur le besoin de créer une banque mondiale de poink mais aussi comment créer des guichets locaux, à quelle maille du territoire… Il y aura le 23 avril un débat « monnaie » à La Rochelle…
Un débat marquant à Nancy

L’université Populaire Participative de Vandœuvre les Nancy a organisé le débat du 17 mars sur le compte carbone, une belle salle bien remplie pour une soirée où les questions ont fusé.
Entre les deux tours des municipales, naturellement les questions politiques ont été nombreuses, la démarche transpartisane a été bien comprise, nous avions été accueillis dans l’après-midi par le député maire Stéphane Hablot (élu du dimanche), il a recommandé d’aller au débat sur son facebook.
Les représentants locaux des shifters ont apporté leur contribution.
Beaucoup de questions sur la mise en œuvre du mécanisme : le séquencement en trois étapes semble acquis : une loi d’étiquetage obligatoire, puis distribution de monnaie carbone par l’agence carbone nationale à créer, puis référendum pour décider de la réduction annuelle de 6% pour satisfaire à l’Accord de Paris. Ce déplacement a aussi été l’opportunité d’aborder le sénateur de Pont-à-Mousson, et rencontrer à Toul le lendemain Dominique Potier le député PS qui soutient notre appel à une loi depuis longtemps, il avait témoigné lors des Assises du Climat de 2021.
Le diaporama spécifique est disponible à la page Qui-Quoi ci-dessus.
Une étude chinoise des différents types de compte carbone
Une publication dans ResearchGate par Yu Chang (nous demander le contact) traite des différents types de compte carbone (carbon inclusion).
Traduisons un paragraphe essentiel :
En 2008, le Royaume-Uni a été le premier pays à proposer le concept des PCA (personnal carbon allowances), explorant l’idée d’attribuer des quotas de carbone individuels afin de contribuer à réduire les émissions au niveau personnel (Parag & Fawcett, 2014). Le concept des PCA est antérieur à l’intégration du carbone.
Les comptes carbone font référence à des organismes financiers qui évaluent les comportements et les activités de réduction des émissions de carbone des utilisateurs dans la vie quotidienne, tels que l’habillement, l’alimentation, le logement et les transports, sur la base des données de consommation économique des consommateurs, formant ainsi un solde de compte carbone (Li et al., 2024). Ces comptes peuvent être appliqués dans divers scénarios d’économies d’énergie et de réduction des émissions, tels que les déplacements écologiques, la consommation verte et le mode de vie écologique (Fuso Nerini et al., 2021 ; Yin et al., 2023).
Les utilisateurs peuvent enregistrer et consulter leurs données de réduction des émissions de carbone en temps réel, et ces crédits carbone peuvent être échangés contre des biens et des services, ainsi que pouvant être utilisés pour soutenir le bien-être public (Wei et al., 2024). Les comptes carbone comprennent à la fois des versions individuelles et d’entreprise. Le concept est relativement nouveau et n’a pas encore fait l’objet de tests de terrain suffisants. En 2019, Lahti (Finlande) est devenue la première ville au monde à tester un « marché d’échange de carbone individuel » durant une année (Uusitalo et al., 2022).
Dans la pratique, il existe plusieurs modèles d’intégration du carbone : le modèle piloté par les pouvoirs publics ; le modèle piloté par les institutions financières ; et le modèle piloté par les entreprises*.
Tout d’abord, dans le modèle piloté par les pouvoirs publics, le gouvernement supervise le développement de la plateforme, la mise en œuvre du système et la conception de la réglementation.al., 2024). Le public gagne des crédits carbone en adoptant des comportements à faible empreinte carbone dans sa vie quotidienne ; ces crédits peuvent ensuite être utilisés pour obtenir des réductions, être changés contre des biens ou faire l’objet d’échanges (Jing et al., 2023). Par exemple, la province du Guangdong utilise des incitations à l’inclusion carbone pour convertir les comportements spécifiques à faible émission de carbone des consommateurs en points carbone quantifiables ou en réductions d’émissions certifiées au niveau provincial, qui peuvent compenser les émissions de carbone réelles.
Ce mécanisme offre aux commerçants et aux organisations un nouveau moyen de collecter des points carbone, qui peuvent être échangés contre des avantages politiques ou négociés directement.
Deuxièmement, le modèle piloté par les institutions financières est illustré par le système « Carbon Account » de la China CITIC 2 Bank, qui a mis en place un modèle couvrant l’ensemble de la chaîne, de la collecte des données à leur mesure, leur accumulation et leur utilisation. Son avantage réside dans ses critères d’accès larges et ses solides capacités de reconnaissance mutuelle et d’interconnectivité (Xu et al., 2023). Cela signifie que les crédits carbone accumulés par des particuliers ou des organisations sur différentes plateformes peuvent être regroupés et échangés.
Troisièmement, le modèle piloté par les entreprises est illustré par « Ant Forest » d’Alipay, qui utilise des algorithmes scientifiques fournis par la Bourse environnementale de Pékin et The Nature Conservancy pour calculer les économies d’énergie des utilisateurs. Ces économies sont converties en arbres virtuels dans Ant Forest, qui sont ensuite plantés par des organisations d’intérêt public.
(*) il manque notre modèle de compte carbone piloté comme bien commun par une agence carbone paritaire indépendante portant justice sociale par échanges entre excédents et besoins de surplus (aidant les plus pauvres par l’argent des riches). Je contacte Yu Chang et vous ouvre son contact…
Tickarbone affiche le carbone

Bravo pour le partenariat développé par Guillaume Desrocques avec Hyper-U. Plus de détails sur https://www.tickarbone.fr/
Pouyanné et Trump comme larrons en foire
| TotalEnergies a accepté d’abandonner deux projets d’éolien offshore aux Etats-Unis contre un arrangement transactionnel d’un milliard de dollars. Cette nouvelle méthode est testée par l’administration Trump qui cherche par tous moyens à faire stopper les projets d’énergies renouvelables. Mais la justice l’empêche à chaque fois, alors quoi de mieux que la transaction, qu’un milliard par ci, un milliard par là. C’est de l’argent des contribuables américains pour assouvir des lubies d’un climato-négationniste. Pas pire que le milliard par jour que coute la guerre en Iran, dans les deux cas c’est la mort d’êtres humains, immédiatement ou dans une génération. Pour Total, déjà inscrit à Wall Street, la bourse de New-York, on imagine bien que ce grand pollueur quittera un jour la France, on attend pour le 25 juin le jugement qui devrait l’obliger à réduire le réchauffement climatique (voir lettre 65 de février) Avantages et inconvénients du départ de Total aux États-Unis : peu de perte puisque l’État français ne reçoit de TotalEnergies que 19 millions d’impôt sur les sociétés, avantage de ne pas avoir à payer la casse quand il y aura faillite. |
| Intéressé de vos réactions, je provoque -> |
| Et on apprend que TotalEnergies se serait enrichi d’un autre milliard en achetant vite du brut lors du déclenchement de la guerre d’Iran, avant que son prix n’augmente… (Financial Times du 31 mars cité par le Canard Enchainé) |
Inefficacité des pratiques de compensation dont les EU-ETS
La quotidienne GoodPlanet livre une étude approfondie sur le greenwashing généré par les pratiques de compensation ; au détour d’un paragraphe on y dénote que le mécanisme européen des EU-ETS aurait fait réduire de 15% l’empreinte carbone de l’UE entre 2005 et 2020… donc en 15 ans soit 1% par an, alors qu’il est annoncé comme capable de faire respecter l’Accord de Paris nécessitant une baisse de 80% en 30 ans soit 6% par an.
à la prochaine… n’hésitez pas à réagir :
(je retire la possibilité de commentaire devant l’afflux de messages de bots, merci le faire par e-mail à armel@comptecarbone.cc )

Actualité riche et qui démontre à quel point le compte carbone devient une nécessité f’et une réponse aux enjeux du moment.
Attention, l’article sur la transaction entre Trump et Totalénergies n’est pas complet puisqu’il impose à TotalE de réinvestir les 960 millions de dollars (et non 1 milliard) dans les énergies fossiles aux Etas-Unis, c’est énorme !
Si le dérèglement climatcommence a coûter cher et que les prévisions attaquent le PIB, boussole sacro sainte du capitalisme, nos gouvernements et la finance mondiale vont peut-être enfin bouger….!