Lettre 65 : habitabilité ?

Résumé…

Les nouvelles du mois nous poussent à agir :

-Piketty rappelle qu’il faut vite anticiper et empêcher la perte d’habitabilité de la planète

-Valérie se désole que la météo passe d’une habitude paisible (d’entrée en relation) à une source de conflits

-Les lycéens d’Avignon sont boostés par une conférence compte carbone pour en faire un podcast.

-Le co-président du GIEC nous alerte sur les canicules 2026 et 2027 liées au CO2 et à El Niño (il faut se préparer à intervenir)

-Comment peut-on supporter que la puissance publique française soutienne Total à bafouer la loi de vigilance devant le tribunal judiciaire de Paris

-L’agrivoltaïsme séduit les éleveurs de moutons.


« L’habitabilité de la planète reste un point aveugle des comptabilités nationales » assure Thomas Piketty dans l’excellent livre-dialogue « Ce que l’égalité veut dire »* en discussion avec Michael Sandel, le philosophe américain célèbre pour ses livres ‘Justice’ et ‘La Tyrannie du Mérite’.

Beaucoup de thèmes traités sous les menaces croisées de Trump et de Le Pen, dans cet opuscule publié en septembre 2025.

Alors l’habitabilité ? Cela englobe le climat et la biodiversité. Tout le monde connaît le jour du dépassement, le jour où les humains ont consommé toutes les ressources de la planète de l’année.

Pour le monde en 2025 c’était le 25 juillet. Pour les Français c’est au tiers de l’année ce qui veut dire que chaque année nous consommons 3 fois notre budget annuel de ressources.

Le dernier rapport du GIEC, le 7ème, a évalué qu’à ce rythme, en 2050, plus de 3 milliards d’humains auront perdu de leur habitabilité, de leur capacité de vie sur le territoire de leurs ancêtres.

Des climato-sceptiques diront qu’on peut loger 8 à 10 milliards d’humains sur les zones plus froides ? Mais avec quelle violence, quelle sauvagerie, quels dégâts.

Il nous faut anticiper, être prêts pour l’effondrement du trumpisme et remettre en place les coopérations mondiales.

Pour cela la France et l’Europe doivent montrer les voies de sortie du chaos climatique. Et la voix qui me semble la meilleure, reste celle de compte carbone universel par laquelle tous les citoyens sont concernés par l’étiquetage carbone de tous nos achats, en impliquant les entreprises comme collectrices des points carbone pour mettre tout le monde à l’ouvrage.

Les entreprises bénéficient du cadre d’état social financé par les nations, elles n’ont pas refusé d’être collectrices de l’impôt le plus volumineux qu’est la TVA, car elles ont tout à gagner de l’équilibre étatique qui leur fournit des personnels éduqués, en bonne santé, en sécurité…. et un climat propice aux bonnes affaires.

La menace climatique touche toutes les entreprises : elles comprennent très bien leur rôle de collecteur des points carbone pour que l’habitabilité de la planète ne soit plus la tache aveugle des comptabilités.

En ce sens, la dotation carbone est plus efficace qu’une taxation, elle donne la maitrise au consommateur de choisir selon l’étiquetage, elle apporte un équilibrage entre excédentaires et déficitaires développant un effort d’égalité devant un phénomène physique non négociable, le chaos climatique.

Elle vise à rassembler tous les citoyens pour inverser la rupture entre riches et pauvres révélée par Sandel et Piketty.

(*) Piketty et Sandel, ‘Ce que l’égalité veut dire’ (Seuil) septembre 2025 ; 16.5€
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Habitabilité encore, c’est le billet d’humeur de Valérie :


De la pluie et du beau temps

Qu’il est loin le temps où la météo était un sujet de conversation de comptoir, une discussion consensuelle, une entrée en matière facile, un recours solide quand on avait plus rien à dire.

Qui n’a pas disserté et fait disserter sa vieille tante au téléphone en guise de conversation ? Qui n’a pas abordé un ou une étrangère sous couvert d’échanges banals ? Qui n’a pas démarrer toutes rencontres de connaissances ou de voisins par des commentaires sur la météo du moment ?

Nous ne savions pas que la météo allait devenir à l’aube du 21ème siècle un sujet de polémique – certains pensent que le climat se dérègle, d’autres pensent que tout ça est bien naturel – , un sujet d’angoisse – tous les JT, chaque jour, consacrent la moitié de leur temps d’antenne à passer en revue les catastrophes « naturelles » et à compter les morts et les blessés – un sujet sociétal – hausse du tarifs des assurances, choix du lieu de vie en fonction des prévisions de pics de chaleur ou d’inondation, désorganisation des transports, etc.

Aujourd’hui, commenter la météo du jour ou de la saison, c’est inévitablement enchaîner sur le thème du « réchauffement climatique », du « dérèglement climatique », de la « crise climatique » et ceci à juste titre mais le sujet devient rapidement politique entre les tenants du déni soit du changement lui-même soit de son origine, à savoir l’action humaine, soit les deux et ceux qui dénoncent l’inconscience des populations et de leurs gouvernements face à ce que les scientifiques démontrent rapports après rapports, tribunes après tribunes, conférences après conférences, à savoir notre course folle vers un monde inhabitable si nous ne freinons pas.

Seuls certains commentateurs sur nos écrans télé semblent bloqués au 20ème siècle et continuent à présenter les ravages météo que nous connaissons comme des phénomènes non seulement naturels mais également exceptionnels sans comprendre que nous entrons désormais dans un temps où ces catastrophes seront malheureusement la norme.

Il nous faut impérativement travailler à adapter nos infrastructures et nos modes de vie à cette nouvelle donne et surtout, même si ce n’est pas le tournant que le monde et ses puissants prennent actuellement, fermer le robinet de nos excès, le plus rapidement possible en espérant que la météo redevienne un jour un sujet léger, sans conséquence et rassembleur.


Formidable conférence au lycée Aubanel d’Avignon

Le vendredi 13 février, les élèves de seconde, première et terminale au Lycée Aubanel d’Avignon ont eu de la chance : ils ont été captivés par la conférence « compte carbone » par Christophe Devaux.
Plus de deux heures d’échanges et de bonnes questions ont montré l’importance que représente le traitement du chaos climatique et des risques futurs pour les jeunes.

Ce public jeune, sans a priori de départ, a accueilli avec intérêt le Compte Carbone. Il a compris qu’il s’attaquait aux causes profondes des problèmes majeurs de notre époque, ce qui n’est pas le cas avec les politiques menées actuellement.

Un podcast sur cette conférence sera réalisé par les lycéens.


El Niño menace nos prochaines années

Notre ami Robert Vautard, co-président du Groupe 1 du GIEC et directeur de l’institut Paul-Simon Laplace, a reçu en avant première les derniers calculs de l’European Centre for Medium-Range Weather Forecasts – ECMWF, l’organisme chargé des prévisions météo moyen-terme.

Son alerte est sur Linkedin :

Ce que nous annoncent les prévisionnistes, c’est une forte probabilité que 2026 et 2027 soient les années les plus chaudes depuis longtemps. Les anormalités de +1 à +3°C présentées nous amènent à des durées de canicules encore jamais vues.

Ce sera l’année où réagir pour que les politiques prennent enfin leurs responsabilités vis-à-vis des générations futures !


Où commander le POINK

Nous en parlions il y a deux semaines, le poink c’est le raccourci de point carbone pour être compris par nos amis de toutes langues, c’est le dernier livre sur le compte carbone, mais pas que

Une monnaie de points carbone c’est pour le climat, mais aussi pour la biodiversité et juguler les risques sur les neuf limites planétaires.

Mais une monnaie de freinage ça joue aussi sur le capitalisme et cela doit freiner le technofascisme qui monte…

C’est édité par TheBookEdition où commander votre exemplaire à 10€ : 

https://www.thebookedition.com/fr/le-poink-p-427402.html


Mais vous pouvez aussi soutenir le mouvement en le commandant par HelloAsso (toujours à 10€, défiscalisable) et on vous l’envoie rapidement : 
https://www.helloasso.com/associations/association-pour-l-emploi-sans-carbone/collectes/poink


Enfin c’est accompagné d’actualités sur son site spécifique https://poink.eu  Bonne lecture et merci d’avance de vos réactions.


Projet d’Assises Européennes du Climat

Avec nos partenaires allemands de https://klima-budget.eu nous testons un prélancement du projet d’assises, Pierre Calame nous propose de préparer l’organisation de ces Assises européennes du Climat comme nous avions mené de février à avril 2021 les assises françaises du climat

Climat : réviser pour renforcer l’avancée européenne

Forte de ses convictions, l’Union Européenne a souhaité assumer un leadership dans la lutte mondiale contre le réchauffement climatique. Le Green Deal, par son ambition dès 2019, s’est voulu l’expression de ce leadership. Mais sous l’effet des coups de boutoir américains et des critiques internes à l’égard de la boulimie normative qu’a entraînée ce Green Deal, l’ambition initiale est aujourd’hui rognée tant au niveau européen qu’au niveau des États membres.

Renoncer ? Ce serait se renier. Il faut plutot revoir les fondements de notre politique climatique. 

Car, telle qu’elle s’est construite au fil des années elle est restée enfermée dans une pensée économique et politique héritée du passé et n’a jamais, malgré son importance, fait l’objet d’un débat citoyen à l’échelle de toute l’Europe. 

C’est toujours face à un obstacle ou des crises que l’Union européenne a su se construire. Faisons des difficultés actuelles une nouvelle opportunité d’aller de l’avant.

Revoir les fondements, c’est se mettre d’accord sur les critères à respecter par la politique à venir. Nous vous en soumettons cinq :

1. L’action doit porter sur l’ensemble de l’empreinte écologique. Ce n’est pas le cas actuellement. Les émissions dont nous sommes responsables sont celles qui sont associées à notre mode de vie. Leur calcul doit donc inclure les émissions « importées » qui, à l’échelle d’un État membre, représentent entre un tiers et la moitié des émissions totales. Or les négociations internationales, depuis le protocole de Kyoto, privilégient les émissions sur chaque territoire national, ce qui interdit une action globale sur les filières de production et sur les modèles de consommation

2. Nous devons nous fixer une obligation annuelle de résultat. Ce n’est pas le cas actuellement. La   réduction des émissions devrait être obligatoirement d’un certain pourcentage d’une année à l’autre, ce pourcentage dépendant de l’empreinte écologique actuelle de chaque État membre et étant calculé pour que tous parviennent à 2t d’équivalent CO2 par personne et par an en 2050. Depuis quarante ans nous nous sommes toujours fixé des obligations de résultat à cinq ou dix ans : cela déresponsabilise les autorités politiques- qui ne seront jamais comptables du fait que les résultats n’ont pas été atteints. Cela permet, comme on l’observe actuellement, de revoir à la baisse les obligations dès qu’on découvre que les efforts seront trop difficiles ou trop coûteux. Ces fluctuations font l’affaire des lobbys mais créent aussi une imprévisibilité qui interdit des stratégies décennales de transition vers des modèles de production et de consommation durables.

3. La politique de lutte contre le réchauffement climatique doit être socialement juste. Ce n’est pas le cas actuellement. En particulier l’action par les prix de l’énergie fossile pénalise lourdement les populations les plus pauvres, dont les dépenses incompressibles représentent la part du budget la plus élevée, tout en étant à peu près sans effet sur les plus riches. Certains prétendent résoudre le problème en redistribuant l’argent des taxes… mais ce n’est jamais le cas et conduirait, en contre-effet, à réduire drastiquement les efforts de sobriété. La justice sociale implique de reconnaître que le climat est un bien commun, que le protéger suppose de plafonner les émissions et que l’on répartisse égalitairement entre tous ces émissions plafonnées.

4. La politique de lutte contre le réchauffement climatique doit avoir un effet d’entraînement sur tous les acteurs. Ce n’est pas le cas actuellement. L’approche « territoriale » des émissions conduit à distinguer les différentes catégories d’émetteurs (les ménages, les entreprises, le secteur public) et à définir des politiques sectorielles propres à chacun d’eux. Mais ça ne fonctionne pas. En mettant l’accent sur les émissions directes des ménages -chauffage, alimentation, mobilité- on ne touche que 20 % des émissions totales et on culpabilise les personnes qui, pour la plupart, se sentent dans une situation contrainte. Et en mettant l’accent sur les entreprises ou les agriculteurs on menace leur compétitivité sur la scène internationale. Enfin, chaque politique sectorielle ou catégorielle implique des financements publics qui sont rarement au rendez-vous.

5. La politique de lutte contre le réchauffement climatique doit permettre à chaque acteur de choisir librement les domaines dans lesquels il veut faire des efforts. Ce n’est pas le cas actuellement.  Dans l’espoir de faire évoluer le comportement de chaque acteur, on a multiplié injonctions, interdictions et normes, suscitant l’idée que la politique de lutte contre le réchauffement climatique relevait de « l’écologie punitive ». Avant que, dans le cadre des Assises européennes du climat, nous ne débattions de la manière de satisfaire à ces cinq critères à la fois, nous vous invitons à répondre au questionnaire suivant :


Total énergies, en sursis jusqu’au 25 juin

Ces 19 et 20 février, la compagnie pétrolière la plus en expansion dans le monde était accusée au Tribunal Judiciaire de Paris de ne pas respecter la loi Potier de devoir de vigilance. Parmi les asso qui portent l’affaire en justice, Notre Affaire à Tous bien sûr, mais aussi notre alliée France Nature Environnement. Les débats ont été de haute de tenue car était convoquée la coprésidente du 6ème rapport du GIEC, notre amie Valérie Masson-Delmotte.

Jugement en délibéré pour le 25 juin.  L’enjeu est de faire réduire l’extraction de ressources fossiles dont la combustion et l’usage empoisonnent la planète.

Le plus surprenant dans l’affaire : les pouvoirs publics français ont porté assistance au pétrolier par la voix du ministère public. L’Etat aide-t-il les entreprises à ne pas respecter ses lois ?  Voir l’alerte lancée par notre partenaire Claire Nouvian fondatrice de Bloom :


L’agrivoltaïsme progresse

Selon le reportage GoodPlanet, les australiens observent de multiples avantages à créer des ombrières sur leurs prairies à moutons. En particulier la condensation nocturne sur les panneaux fait couler de l’eau au pied, permettant une meilleure pousse de l’herbe. Les laines sont également plus propres grace à la moindre sécheresse.


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