Nous avions traité du livre de Vaclav Smil sur 2050 et ses craintes de pas y arriver, (son regard ci-dessus), voilà qu’il répond à Aurélie Luneau sur France Culture (De cause à effet le mardi)

Parmi ses interrogations, notons le gaspillage, par exemple sur les aliments, nous avons besoin de 2500 calories par jour pour les hommes et 2100 pour les femmes, les européens consomment 3100 calories par jour par personne, cherchez l’erreur ! nous sommes à 135% de nos besoins alimentaires… Un tiers gaspillé…
Il en va de même de nos consommations de transport : combien de camions à vide ou pour juste 3-4 colis pour amazon… combien de voitures dans les parkings des grandes surfaces, combien de voyages inutiles (comme on l’a vu lors de l’épisode neigeux où chacun est resté chez soi), comme dit Vaclav Smil « pourquoi 50 000 références de produits dans un magasin quand 500 suffiraient » : nous sommes dans un monde de gabegie !
Sans le dire explicitement, Vaclav Smil va dans notre sens de faire prendre conscience par le comptage de ce qui est vraiment nécessaire, couvrir les justes besoins, en comptant le carbone.
Au dernier café philo sur les IA génératives, nous évoquions que le meilleur moyen d’encadrer ce développement tellement consommateur d’eau et de kWh générant tant de chaos climatique, c’est le comptage du carbone, rendre chacun responsable de son usage dans les limites des capacités de la planète…
Pour des Assises Européennes du Climat ?
En 2020 sur l’initiative de Pierre Calame avec le concours de Jean Jouzel et Christian de Perthuis, nous organisions les Assises du Climat de février à avril 2021 en 7 mardis soirs. Suivies en ligne par un millier de personnes avec une cinquantaine d’intervenants défendant tous les points de vue sensés, elles ont généré un quintet simple de 5 critères d’efficacité de traitement du chaos climatique :
1- garantir la réduction des gaz à effet de serre d’année en année
2- comptabiliser toutes sources y compris importations
3- ne pas générer d’injustice sociale
4- impliquer tous les acteurs de la société
5- principe de moindre contrainte pour assurer la légitimité de l’action publique de même que liberté et égalité.
La presse allemande et LeJournal.info ont publié l’appel des scientifiques pour un budget carbone citoyen, nos partenaires allemands souhaitent un grand colloque franco-allemand à l’automne 2026.
Avec Pierre Calame nous avons argumenté pour plutôt mettre à l’échelle européenne les assises qui nous avaient tant apporté en 2021, en rassemblant tous les acteurs de solutions diverses : voici le premier jet de l’appel de Pierre Calame :
Pour des Assises européennes du climat.
Argumentaire franco-allemand
Janvier 2026
Le réchauffement climatique (cette manifestation de l’anthropocène où l’activité humaine est de nature à bouleverser la biosphère, la partie vivante de la planète) est le symbole même d’un changement d’ère, d’une rupture anthropologique par rapport à tout ce qui a fondé la « première modernité », née en Occident à partir des années 1500.
Malheureusement, les modes de pensée, le système juridique et les institutions (tout ce qui a été mis en place au cours de ces derniers siècles) sont demeurés inchangés. Einstein rappelait qu’on ne peut espérer résoudre un problème avec les hypothèses mêmes qui lui ont donné naissance. Pourtant, c’est ce qui se passe aujourd’hui : nous espérons faire face au changement climatique, qui résulte de notre conception passée de l’économie et de la politique, sans toucher au rôle central des États comme expression ultime de l’intérêt général et sans une modification profonde de notre pensée économique :
les stratégies de lutte contre le changement climatique privilégient les émissions sur notre territoire national, alors que les émissions de gaz à effet de serre résultant de notre mode de vie sont réparties dans le monde entier ;
les politiques publiques mises en place entretiennent l’illusion que ces émissions sont des biens de marché sur lesquels on peut agir par la taxation, par des incitations, par des interdictions et des investissements publics.
Depuis quarante ans on constate que ça ne fonctionne pas mais on n’ose pas toucher aux dogmes.
Face au « changement d’ère », quatre défis doivent être relevés à l’échelle mondiale :
– une métamorphose de la responsabilité pour prendre en compte l’effet de nos actes sur le monde entier et sur la biosphère ;
– une révolution de la gouvernance pour assumer à la fois l’importance de l’action locale et la nécessité de gérer les interdépendances mondiales, pour concilier la liberté de chacun et le bien commun ;
– une réforme profonde de notre pensée économique pour rendre compatibles la recherche du bien-être de tous avec le respect des limites de la biosphère ;
– un autre mode de dialogue entre les sociétés du monde que l’actuelle confrontation entre les intérêts des États.
Ces quatre défis sont au cœur de la politique de lutte contre le changement climatique. Notre empreinte écologique est de notre responsabilité où que soient émis les gaz à effet de serre ; les émissions globales de gaz à effet de serre doivent être limitées et décroître chaque année, ce ne sont donc pas un bien de marché et elles relèvent d’un contingentement. Au carrefour de la révolution de la gouvernance et de la réforme de notre pensée économique, la contribution de nos pays à la lutte contre le réchauffement climatique doit satisfaire à cinq critères :
– prendre en compte l’ensemble de notre empreinte écologique ;
– respecter une obligation annuelle de résultat, la décroissance de notre empreinte à un rythme conforme à nos engagements ;
– être socialement juste, chacun prenant sa part des efforts :
– mobiliser tous les acteurs, en particulier les acteurs économiques où qu’ils se trouvent, en privilégiant les filières de production et de consommation dont l’empreinte écologique est la plus faible ;
– respecter le « principe de moindre contrainte » selon lequel la recherche du bien commun doit se faire en respectant au mieux les choix de chacun.
Aujourd’hui, ni le Green New Deal européen ni les politiques nationales ne respectent ces critères et on en voit les conséquences : ils ne parviennent pas aux résultats promis et suscitent pourtant des réactions croissantes de rejet de la part de la population, ce qui pousse à en réduire les ambitions. Il est temps de susciter un débat européen sur la manière de respecter ces cinq critères et d’inciter les institutions européennes et nationales à les respecter. Le noyau franco-allemand qui s’est constitué sur ces bases et promeut le principe des budgets carbone individuels est fondé à animer ce débat, en lançant des Assises européennes du climat, conférence en ligne permettant aux meilleurs experts, aux responsables politiques et administratifs et aux réseaux de la société civile de débattre successivement de chacun de ces cinq critères pour parvenir à un consensus sur la ou les solutions permettant de respecter chacun des cinq, puis de diffuser largement les conclusions
il nous reste à mobiliser et organiser à partir de ce texte
Des éoliennes volantes ?

Le mensuei Epsiloon donne toujours des nouvelles intéressantes, ci-dessus les chinois expérimentent des éoliennes à 1500 mètres d’altitude comme des cerf-volants. Une expérimentation est en cours par des français sous le nom de Wind Fisher, nous en reparlerons, c’est réservé à des zones désertiques ou océanes pour éviter les risques de chute dans des périmètres allant jusqu’à 5 km, comme par exemple le point Nemo (le point du Pacifique le plus éloigné de toutes terres, une photo depuis l’espace ne montre que de l’eau).
Ci-dessous des israéliens font pousser des jeunes plants dans des briques qui agrègent l’humidité :

Bonaire, une victoire juridique
Ce mercredi 28 janvier 2026, un tribunal de La Haye a jugé que le gouvernement néerlandais n’en faisait pas assez pour protéger les habitants de l’île caribéenne de Bonaire contre le changement climatique…

